on y va !

"Rare : un récit d'experience professionnelle d'animation d'ateliers par une Américaine compétente. Magnifique de finesse, de savoir-faire et de didactisme. Traduit avec maestria par Richard Doust.
A lire ! Un régal !"


critique parue dans Ecrire et Editer, nov 2000

L'AUTEUR
LE TRADUCTEUR
L'ATELIER D'ECRITURE
J'ECRIS PARCE QUE...
PREMIERE PENSEE
LIRE DES CRITIQUES COMMANDER LE LIVRE

L'auteur, Natalie Goldberg

Natalie Goldberg est écrivain, poète, peintre et anime des ateliers d'écriture partout aux Etats-Unis. Sa longue expérience de la méditation zen lui a donné l'inspiration pour ce livre.

Ce livre, paru aux U.S.A. il y a 15 ans, sous le titre "Writing Down the Bones" (Ed. Shambhala) y est toujours plébiscité par le public.

Voici quatre courts extraits du livre :

Ecrire, c’est soigner sa ligne

"Ce dont on ne se rend pas compte, c’est que l’écriture, c’est physique. Ce n’est pas une activité qui relève seulement de la pensée. Elle concerne la vue, l’odorat, le goût, le toucher : un état où tout est vivant et activé. La règle pour la pratique de l’écriture de ‘garder la main en mouvement’, de ne pas s’arrêter, est en fait un moyen physique de percer, de briser nos résistances mentales, de crever le concept que l’écriture a seulement à voir avec les idées et la pensée. L’engagement avec le stylo est physique, et la main, reliée au bras, déverse la mémoire de nos différents sens. Il n’y a pas de séparation entre l’esprit et le corps : voilà pourquoi il est possible de percer les blocages de l’esprit par l’acte physique d’écrire, exactement comme en karaté, on peut croire avec l’esprit que la main ne s’arrêtera pas, et briser une planche de bois. "

Tous les lundis

J'écris, parce qu'il y a des histoires que les gens ont oublié de raconter, parce que je suis une femme qui essaye de s'affirmer dans sa vie. J'écris parce que former un mot avec tes lèvres et ta langue ou penser une chose et puis oser le mettre sur papier pour que jamais tu ne puisses le rétracter, c'est la chose la plus puissante que je connaisse. J’écris pour essayer de me réveiller, pour retrouver les nuances dans mes propres recoins et les porter en avant en leur donnant couleur et forme.

J'écris face à mon incompréhension totale que même l'amour ne suffit pas et que l’écriture est peut-être en fin de compte tout ce que je possède et que c’est loin de suffire. Je n'arrive jamais à tout mettre sur le papier, et en plus, il y a des moments où je dois m'éloigner de la table et du cahier pour faire face à ma propre vie. Et puis il y a d’autres moments où c'est uniquement en venant à mon cahier que j'y fais véritablement face.

Et j'écris à partir de la douleur et comment la faire partir ; comment devenir forte pour pouvoir retrouver mon chez-moi, et ce sera peut-être le seul vrai chez-moi que jamais je n'aurai.

Pas de limites

"Je sais que ce travail avec mon cerveau fatigué et rebelle, c’est le cheminement le plus profond que jamais je n’aurai sur terre. Non pas la joie ou l’extase que parfois je ressens, mais le fait de toucher la réalité concrète de ma vie quotidienne et de m’en imprégner, et de continuer d’écrire, voilà ce qui me brise profondément le cœur, l’ouvrant à une tendresse et une douceur envers moi-même, et à partir de cela, à une compassion rayonnante pour tout ce qui m’entoure. Pas seulement pour la table et le Coca devant moi, la paille en papier, le système de conditionnement de l’air, les hommes qui traversent la rue ce jour au mois de juin à Norfolk dans le Nebraska, l’horloge digitale de la banque clignotant 16 :03, mon amie écrivant en face, mais aussi pour les souvenirs tourbillonnants et les rêves profonds de nos esprits, et la souffrance que quotidiennement nous traversons. Et tout cela sort de moi naturellement, pendant que je glisse le stylo sur le papier et brise en petits morceaux les croûtes solides de pensée qui résident dans mon esprit, et ma manière de me mettre des limites.

Alors, c’est très profond d’être un écrivain. C’est la chose la plus profonde que je connaisse. Et je me dis : sans cela, rien – ce sera mon chemin à travers le monde pour le restant de ma vie. Encore et encore, je devrai me le rappeler."

Ecrire n'importe où

"D’accord. Tes enfants sont en train de grimper dans la boîte de céréales. Il te reste 7 francs sur ton compte courant. Ton mari n’arrive pas à trouver ses chaussures, la voiture ne démarre pas, et tu sais que tu as mené une vie de rêves non-réalisés. Il y a une menace de holocauste nucléaire, il y a encore de l’apartheid en Afrique du Sud, dehors il fait moins vingt, ton nez te gratte, et tu n’as même pas trois assiettes assorties pour servir le repas de midi. Tes pieds sont gonflés, il faudrait que tu prennes rendez-vous chez le dentiste, et il faut sortir le chien, dégivrer le poulet, et appeler ta cousine à Boston. Tu t’inquiètes pour le glaucome de ta mère, tu as oublié de mettre un film dans ton appareil photo, il y a des soldes de thon blanc au supermarché, tu attends toujours une offre d’emploi, tu viens d’acheter un ordinateur et il faut le déballer. Il faut absolument que tu commences à manger des choux de Bruxelles et que tu arrêtes de manger des beignets, tu as perdu ton stylo favori, et le chat a pissé sur ton nouveau cahier.

Cherche-toi un autre cahier, prends un stylo, et simplement, écris, écris, écris. Au milieu du monde, fais un pas constructif. Au plein centre du chaos, fais un geste définitif. Tout simplement écrire. Dis oui, reste en vie, reste réveillé. Simplement, écris, écris, écris. "